« Il convient de rendre à Matsoua la place qu'il mérite dans notre histoire. […] Qui dans notre pays ne croit pas qu'il fut l'un des pionniers de la lutte anti-colonialiste, de la lutte de libération de [l'Afrique] à l'époque de l'impérialisme. On oublie souvent de situer la pensée et l'action de Matsoua dans son contexte historique. Si les colonialistes français se sont acharnés contre lui avec autant de sévérité c'est qu'il représentait un danger réel. […] Il faut donc reconstituer la vie militante de Matsoua et la proposer aux combattants d'aujourd'hui et de demain. Le sacrifice de sa vie pour la patrie est déjà si grandiose. »1
Ce constat digne d'éloge que fait Mboudo-Nesa montre de façon pertinente que Matsoua a lutté sa vie durant contre toute forme d'asservissement de l'homme en général. Il a mené dans l'espace de l'ex-Moyen-Congo une lutte acharnée contre le colonialisme français, la domination et l'exploitation inhumaines de l'homme noir. Aussi a-t-il combattu le Code de l'indigénat, la dictature et la corruption. Pourtant, les colonialistes français d'alors ont présenté Matsoua comme un personnage perturbateur, réfractaire à toute hiérarchie, et qui plus est un bandit comme l'ont été ses prédécesseurs.
De Matsoua, on a gardé une image négative, image qui a contribué à la profonde déformation de sa pensée. En effet, ni l'association AMICALE qu'il créa en 1926, à Paris, ni le Mouvement MIKALE qui naquit le 31 décembre 1937, à Boukondzo-boua-lami, dans le district de Kinkala dans la région du Pool, ne firent jamais qu'il fût en odeur de sainteté à l'égard des colons. Au contraire ces mouvements véhiculant, entre autres, des idées humanistes, humanitaires d'une part, et d'émancipation de l'homme noir d'autre part, furent jugés par l'administration coloniale comme des provocations inacceptables. Sans doute les colons français avaient-ils compris qu'à travers ces mouvements se mettait en place toute une synergie permettant la continuité de la lutte de libération des peuples sous occupation et exploitation étrangères ? En tout cas Matsoua sera arrêté, jugé et jeté en prison à Mayama par cette France tant adulée qui, le 26 août 1789, a donné au monde entier la plus belle leçon de morale et de justice, à savoir la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen. Après mille et une tortures dépassant la limite du supportable, Matsoua disparaît, semble-t-il, en 1942 dans des conditions non encore élucidées aujourd'hui. Par-delà le verbiage grotesque dont la littérature coloniale a pu affubler ce personnage emblématique, ses idées se sont cristallisées dans la conscience des gens à un tel degré qu'elles ont fini par donner naissance à ce qu'il est convenu d'appeler le Matsouanisme.
Ainsi, soixante cinq ans après sa mort supposée, ses idées doivent-elles être jetées dans l'enfer des idéologies absurdes ? Sinon, les valeurs qu'il a défendues sont-elles encore actuelles aujourd'hui ? Autrement dit, le combat de Matsoua est-il aussi celui de notre temps ? Cette brochure qui n'est qu'une compilation de témoignages, est destinée à réhabiliter André Grenard Matsoua et à actualiser sa pensée : le Matsouanisme.
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1 - Alphonse Mboudo-Nesa, La résistance congolaise face à l'invasion coloniale, in L'Humanitaire, nº 012, Mai 2003, p. 8.
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- Les Matsouanistes et le développement
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