CONGO-MIKALE 
Association amicaliste africaine pour la mémoire et l'oeuvre de André-Grenard Matsoua
Une initiative de l'AMICALE, Association de Secours Mutuels, de Prévoyance et de Bienfaisance
« Un peuple longtemps brimé, longtemps persécuté, longtemps martyrisé, et qui n'attend plus rien de personne, finit toujours par se révolter... »

 
« LE MATSOUANISME DÉVOILÉ »


Les éditions Corbeaux nous ont donné à lire une broche intitulée « Le Matsouanisme dévoilé », tome II, Brazzaville, 2006, 43 pages, sous la plume de Mbouta Bakela-Ba-Nkunku Jean Elie, inspecteur de l'enseignement primaire et fils biologique du dernier grand patriarche du temple matsouaniste de Mpissa, Tata Nkunku Laurent.

Cette brochure aurait pu s'appeler « Feu sur le Matsouanisme. » L'auteur l'étudie à partir des années 40. Il ne s'agit pas, à proprement parler, d'une histoire générale, mais plutôt de l'exposition succincte de certains faits saillants du Matsouanisme. La brochure comporte quatre chapitres, mais que l'on peut ramener à deux points essentiels.

Le premier point présente les deux grands patriarches qui ont contribué à la création et à l'édification de la religion matsouaniste, à savoir Tata Nzungu Malasu (Fidèle) et Tata Nkunku Mbemba (Jean Laurent). Le second point procède en la révélation de certains témoignages des fidèles qui ont vécu avec eux.

L'interrogation autour de laquelle s'est ordonnée cette réflexion se formule de la manière suivante : que signifie être matsouaniste ? Cette interrogation ne peut être comprise que si demeure acquise l'idée selon laquelle, le Matsouanisme est la religion créée par l'illumination d'un nganga lemba, le nommé Nzungu Malasu (Fidèle) (Page 8). En effet, travaillant au dévoilement des origines de cette religion, l'auteur, Tata Mbuta Bakela-Ba-Nkunku, précise, dans son avant propos, §3, que « le Matsouanisme a vu le jour au début de l'année 43 du siècle passé (1943). Soit 17 ans après la création de l'Amicale par Matsoua André Grenard et 12 mois après la disparition de ce dernier. » (P.5). Si l'on comprend bien, le Matsouanisme n'est pas une création de Matsoua André Grenard, mais plutôt de Tata Nzungu Malasu qui a « reçu, un jour, la révélation de convertir les élans politiques de Matsoua en un culte et, précisément, en une doctrine traditionnelle. » (P.15).

Cependant, pour être à la hauteur de sa mission, Tata Nzungu connut, par la volonté des mânes Kongos, une mort subite. Pendant cette translation, qui dura six jours, en paix Mpemba, il reçut des initiations post-mortem qui lui ont conféré des pouvoirs faramineux. « Lorsqu'il revint à la vie, écrit l'auteur, il devint le témoin vivant de la lumière divine nationalisée dans notre pays. Le chemin de l'enfant noir fut, alors, tracé par ce personnage mythique et mystique inspiré de Nzambi-a-Mpungu et toute la cour des mânes Kongos. » (P.15).

C'est grâce à ces pouvoirs qu'il a pu asseoir son église, à Mpissa, non sans rencontrer des difficultés. En 1953, lorsqu'il meurt, Tata Nkunku Laurent va lui succéder à la tête du Matsouanisme. Question : pourquoi seulement lui ? Simplement, parce que, de tous les disciples initiés qui l'entouraient, seul Tata Nkunku Laurent bénéficia tout à la fois de l'initiation et de « l'autorité d'initiateur » et, donc, capable de diriger l'église et de pouvoir initier les autres disciples. A son tour, Tata Nkunku Laurent n'a initié et conféré « l'autorité d'initiateur » qu'à son fils, Tata Mbuta Bakéla-Ba-Nkunku qui est l'actuel patriarche de Mpissa. A vrai dire, tout autre guide éclairé « matsouaniste » qui ne serait pas issu de cette lignée n'est rien de moins qu'un imposteur.

Soulignons, toutefois, que si Tata Nzungu est le fondateur et, donc, le premier matsouanisme, Tata Nkunku en est celui qui a imprimé les marques indélébiles à cette religion. Car, « il informa, forma et transmit les notions élémentaires, mais fondamentales de la tradition primordiale Kongo, fondement de la doctrine matsouaniste. » (P.20). C'est dire que le concept de Matsouanisme « évoque la religion fondée par le prophète Nzungu Malasu » et, l'adjectif « matsouaniste » passe pour signifier « l'adepte de cette religion. »

Ainsi, au-delà de cette clarification des concepts « matsouanisme » et « matsouaniste », d'une part, et de l'évocation des témoignages qui révèlent les miracles que les deux grandes figures du Matsouanisme ont pu opérer, miracles qui ont contraint l'autorité coloniale à accepter l'installation définitive de cette religion, d'autre part, l'auteur qui se trouve être le troisième patriarche reconnu de Mpissa, évacue, d'un revers de la main toute autre confession religieuse qui s'approprierait l'appellation du Matsouanisme et dont les chefs spirituels n'auraient reçu ni de Tata Nzungu ni de Tata Nkunku Laurent, « l'initiation et l'autorité d'initiation » ou, ce qui revient au même, le bâton de commandement. « Il est temps, écrit Tata Mbuta Bakéla-Ba-Nkunku, de mettre un terme à la confusion consciemment entretenue par certains guides spirituels et politiques lesquels clament leur matsouanité. » A vrai dire, il n'existe qu'un Matsouanisme, c'est celui de Mpissa.

Véritable mine d'informations, cette brochure écrite par un vrai matsouaniste qui, de surcroît est l'autorité suprême de cette religion, fera date. Nous la recommandons vivement à tous ceux qui veulent bien comprendre comment cette religion est née et les problèmes que les Matsouanistes ont connus (des emprisonnements aux assassinats crapuleux de 1998, en passant par les déportations en direction du Nord du pays et des pays du Niari). Une seule fausse note : pourquoi l'auteur a d'abord publié le tome II, alors qu'il aurait pu commencer par le tome I ?

Anselme Mbemba-Mpandzou

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